Un quartier créé de toutes pièces au treizième siècle
Saint-Jacques n'est pas né d'une croissance progressive mais d'une décision politique. En 1240, Jacques Ier le Conquérant lance l'urbanisation de terrains agricoles situés au-delà des dernières maisons de Perpignan, dans une logique d'expansion assumée.
La méthode est celle de l'époque : on bâtit d'abord l'église, puis on trace les rues autour. L'église Saint-Jacques subsiste aujourd'hui sous sa forme d'origine, et les rues longues et étroites qui grimpent vers la place du Puig dessinent toujours le plan médiéval.
Le mot puig signifie colline en catalan, et c'est bien de cela qu'il s'agit : le quartier escalade une butte, ce qui explique ses rues en pente, ses escaliers et l'absence quasi totale de place pour la voiture. Cette topographie a figé une morphologie urbaine qui a peu changé en huit siècles.
Trois populations, huit siècles
L'histoire de Saint-Jacques est celle d'une succession d'habitants, et chacun y a laissé sa marque.
- Le quartier juif, jusqu'en 1493Le bas du quartier constituait le call, le quartier juif de Perpignan, jusqu'à l'expulsion de 1493. Il n'en reste presque aucune trace visible, à une exception notable : une citerne du couvent des Minimes, qui pourrait être un ancien bain rituel.
- Les artisans et les jardiniersPendant des siècles, le quartier abrite potiers, tisserands et jardiniers, métiers emblématiques de Perpignan. Les jardins Saint-Jacques, à l'est de la ville, tiennent leur nom de ce quartier et de ceux qui les cultivaient.
- Le couvent des MinimesConstruit à partir de 1575 sur l'emplacement de l'ancien quartier juif, avec un chantier qui dura quatre-vingts ans. C'est l'un des couvents les plus tardifs de la ville, et il constitue aujourd'hui l'un de ses grands équipements culturels après restauration.
- La communauté gitaneUne présence dès le quinzième siècle, mais limitée et itinérante. La sédentarisation durable s'opère entre 1936 et 1940, et elle perdure. Saint-Jacques est depuis le cœur de la communauté gitane catalane de Perpignan, avec sa langue, sa musique et ses formes de sociabilité propres.
Ce qui se visite
Le patrimoine du quartier est réel et se découvre à pied, la voiture n'ayant tout simplement pas sa place dans ces rues.
L'église Saint-Jacques est le monument majeur. Elle est le siège de l'archiconfrérie de la Sanch, fondée au quinzième siècle, qui organise chaque Vendredi saint une procession de pénitents en cagoule à travers la ville. C'est l'un des événements les plus singuliers du calendrier perpignanais, et l'un des rares à faire converger toute la ville vers ce quartier.
Le couvent des Minimes, restauré, accueille désormais des expositions. Le couvent des Dominicains, à proximité immédiate, impressionne par le volume de son église gothique, d'une sobriété qui rivalise avec la cathédrale.
Enfin, des sections des remparts médiévaux de la troisième enceinte, commencée en 1277, longent le quartier. Elles rappellent que Saint-Jacques marquait autrefois la limite de la ville.
Les difficultés, dites simplement
Il serait malhonnête de décrire Saint-Jacques comme un quartier pittoresque sans dire ce qu'il est aussi. C'est le quartier le plus pauvre de Perpignan, et l'un des plus pauvres de France.
Le bâti en est la traduction la plus visible. Sur environ huit cents bâtiments, une large majorité est considérée comme insalubre. Les logements sont exigus, souvent sans lumière, dans des immeubles anciens qui n'ont pas été entretenus depuis des décennies. La municipalité démolit progressivement les îlots les plus dégradés, opération lente et compliquée par la question du relogement.
Cette situation n'est pas récente et ne se réglera pas vite. Elle fait l'objet d'un programme de renouvellement urbain qui associe démolitions, réhabilitations et aménagement d'espaces publics, avec les débats que ce type d'opération suscite toujours : comment améliorer un quartier sans en chasser les habitants.
Le dire n'est pas stigmatiser. Saint-Jacques est un quartier habité, où des familles vivent, où des enfants vont à l'école, et où l'attachement au lieu est fort. C'est aussi ce qui rend la question du relogement si difficile.
Y aller, et comment
Le quartier se situe à quelques minutes à pied du centre historique, en montant depuis les abords de la place de la République. On y accède naturellement en prolongeant une promenade dans le vieux Perpignan.
La visite se fait à pied, sans autre préparation qu'une paire de chaussures correcte pour les pentes et les escaliers. Comme partout ailleurs, on regarde où l'on marche et on se comporte en visiteur dans un lieu habité, pas dans un décor : ce sont des rues où les gens vivent, pas un site touristique.
Le moment le plus remarquable pour découvrir Saint-Jacques reste le Vendredi saint, quand la procession de la Sanch part de l'église. C'est le jour où le quartier et la ville se retrouvent autour d'une tradition vieille de plusieurs siècles, et où l'on comprend le mieux la place particulière qu'il occupe dans l'histoire perpignanaise.





