Cent quatre-vingt-cinq ans de chantier
La construction débute en 1324, lancée par Sanche de Majorque, alors que Perpignan est capitale continentale du royaume de Majorque. Elle s'achève en 1509, sous une souveraineté devenue espagnole. Entre les deux, la peste, les guerres et les difficultés financières interrompent plusieurs fois le chantier.
Cette durée explique l'aspect de l'édifice. La façade est sobre, presque austère, en briques rouges et galets de rivière, matériaux locaux qui donnent aux monuments perpignanais leur couleur si particulière. Rien n'y annonce l'ampleur de l'intérieur.
La cathédrale succède par ailleurs à l'église Saint-Jean-le-Vieux, dont subsistent des éléments visibles à proximité, notamment un portail roman remarquable. On peut donc lire sur place deux états successifs de l'édifice principal de la ville.
Comprendre le gothique méridional
C'est la clé de lecture qui change tout, et elle explique la première impression que l'on ressent en entrant.
Le gothique du nord de la France cherche la hauteur et la lumière, avec des nefs étroites flanquées de bas-côtés et de grandes verrières. Le gothique méridional fait exactement l'inverse : une nef unique, très large, des murs épais, peu d'ouvertures et des chapelles logées entre les contreforts.
Les raisons sont climatiques et liturgiques. Sous ce soleil, on limite les ouvertures pour garder la fraîcheur, et l'on privilégie un volume unique où toute l'assemblée voit et entend la prédication.
À Perpignan, la nef atteint une largeur qui compte parmi les plus importantes de ce style. L'effet est saisissant : un espace unique, sombre et vaste, sans division intérieure, très différent de ce que l'on attend d'une cathédrale.
Ce qu'il ne faut pas manquer
Quatre éléments justifient à eux seuls le déplacement.
- Le Dévot ChristUne sculpture de bois du quatorzième siècle, d'un réalisme saisissant, représentant le Christ en croix dans un état d'épuisement extrême. Elle est conservée dans une chapelle dédiée. La tradition locale veut que la tête, penchée, achève sa descente le jour de la fin du monde. C'est l'objet le plus impressionnant de la cathédrale, et il ne laisse personne indifférent.
- Les retablesL'intérieur conserve un ensemble remarquable de retables du seizième au dix-huitième siècle, en bois doré et polychrome, logés dans les chapelles latérales. Cette accumulation baroque contraste violemment avec la sobriété de l'architecture, et c'est précisément ce contraste qui fait l'intérêt du lieu.
- Le Campo SantoCloître-cimetière attenant, du quatorzième siècle, unique en France par sa forme et son état de conservation. Ses arcades de marbre blanc abritaient les sépultures. Aujourd'hui restauré, il sert de cadre à des concerts et à des manifestations culturelles, dont un grand festival photographique.
- L'orgueUn instrument monumental installé en tribune, dont le buffet remonte au quinzième siècle. Il est régulièrement utilisé lors de concerts, et l'entendre dans ce volume unique est une expérience très différente d'une simple visite silencieuse.
Visiter en pratique
L'accès est libre et gratuit, comme dans la plupart des édifices cultuels français. La cathédrale reste avant tout un lieu de culte en activité : les offices ont priorité, et les visites se font en dehors de ces temps.
Les horaires d'ouverture varient selon la saison et peuvent changer lors des fêtes religieuses. Un coup d'œil avant de vous déplacer évite de trouver porte close, en particulier en milieu de journée où certaines fermetures s'appliquent.
Le Campo Santo dispose de son propre régime d'accès, distinct de celui de la cathédrale, et il peut être fermé lors du montage d'expositions ou d'événements. C'est le point à vérifier en priorité si c'est lui que vous venez voir.
Comptez trois quarts d'heure pour une visite attentive de la cathédrale seule, davantage avec le Campo Santo. Prévoyez de quoi vous couvrir légèrement : l'intérieur reste frais même en plein été, ce qui est agréable mais surprend quand on entre en tenue de plage.
Autour de la cathédrale
Le parvis, place Gambetta, est l'un des lieux de rendez-vous des Perpignanais en fin de journée, avec ses terrasses et sa lumière de fin d'après-midi sur la brique rouge. C'est le meilleur moment pour photographier la façade.
À quelques pas, le quartier Saint-Jean et ses ruelles conduisent naturellement vers le Castillet et la place de la Loge d'un côté, vers le quartier Saint-Jacques de l'autre. La cathédrale s'inscrit ainsi au milieu d'un parcours de centre historique qui se fait entièrement à pied en une demi-journée.
Un moment particulier mérite d'être signalé : le Vendredi saint, la procession de la Sanch traverse la ville et relie l'église Saint-Jacques à la cathédrale. C'est le jour où l'on comprend le mieux la place de cet édifice dans la vie perpignanaise, bien au-delà de son intérêt architectural.




