Lieux cachés du centre médiéval
Le cloître Campo Santo, accolé à la cathédrale Saint-Jean, est l'un des rares cloîtres funéraires conservés en France. Datant du XIVᵉ siècle, il déroule ses galeries silencieuses autour d'une cour intérieure où la lumière joue avec les arcades. Beaucoup de visiteurs entrent dans la cathédrale et ressortent sans avoir vu ce trésor pourtant collé au flanc nord de l'édifice.
Les ruelles du quartier Saint-Jacques — entre église Saint-Jacques et place Cassanyes — méritent une vraie exploration. C'est le berceau historique de la communauté catalane et gitane de Perpignan, et le lieu de naissance de la rumba catalane (cette musique née de la rencontre entre flamenco, salsa et traditions gitanes locales). C'est aussi le lieu de la procession de la Sanch chaque vendredi saint, l'une des traditions religieuses les plus anciennes et les plus singulières du sud de la France.
Plus discret encore, certaines anciennes échoppes médiévales restent visibles dans certaines ruelles : ouvertures en arc plein cintre, comptoirs en pierre, traces d'une économie médiévale très organisée. Les chapelles disséminées dans le centre (chapelle du Tiers-Ordre, chapelle Notre-Dame-des-Anges au Couvent des Minimes) constituent un patrimoine religieux moins fréquenté que la cathédrale, mais riche en détails.
Patrimoine peu connu
Le Palais des Rois de Majorque est connu, mais son histoire l'est moins. Pendant une parenthèse historique de moins d'un siècle (1276-1344), Perpignana été la capitale d'un royaume indépendant — le royaume de Majorque — qui s'étendait des îles Baléares au Roussillon en passant par Montpellier. Cette forteresse-résidence reste l'empreinte architecturale la plus visible de cette époque, et son chemin de ronde offre un panorama exceptionnel sur la ville et le Canigou.
Hors centre, le pont Joffre, le pont des Catalans, et certaines anciennes portes urbaines témoignent des fortifications successives. Les bains de la Cité (vestiges thermaux), certaines tours d'enceinte conservées, et les anciennes mosquées et synagogues médiévales (le quartier juif et le quartier musulman ont longtemps coexisté à Perpignan) constituent un patrimoine pluriel qui mérite d'être connu.
Cuisine atypique et spécialités confidentielles
Au-delà des plats catalans connus, plusieurs spécialités restent confidentielles. La coca de recapte (tarte salée catalane, garnie de légumes méditerranéens), les bunyetes (beignets fins parfumés à l'anis ou au citron, héritage des fêtes catalanes), les esquerdes et les torrons (nougats catalans), la garbure roussillonnaise (soupe paysanne).
Côté boissons, le rancio est un vin doux naturel vieilli en oxydation — peu produit en France et particulièrement présent au Roussillon. C'est une expérience gustative très particulière (notes de noix, d'épices, de fruits secs) héritée d'une tradition millénaire. Certains établissements catalans le servent à l'apéritif, comme un alternative aux apéritifs classiques. La cuisine catalane-cubaine et catalane-maghrébine s'est aussi développée à Perpignances dernières décennies, croisement culinaire qu'on trouve peu ailleurs en France.
Nature insolite autour de Perpignan
Les étangs littoraux et zones humides au sud de Perpignanabritent des flamants roses, des hérons, des oiseaux migrateurs. C'est un paysage méconnu (souvent occulté par la côte balnéaire) qui ressemble plus à la Camargue qu'à la Côte d'Azur. La côte Vermeille, plus au sud, alterne criques rocheuses et vignobles en terrasses tombant dans la mer — un paysage qui a inspiré le fauvisme (Matisse, Derain) au début du XXᵉ siècle.
Vers l'intérieur, les Albères offrent une nature méditerranéenne sauvage : chênes-lièges, garrigue, points de vue plongeants sur la Méditerranée et les Pyrénées. Plus haut, le piémont du Canigou et le Conflent ouvrent sur la moyenne montagne, avec les forteresses cathares (Quéribus, Peyrepertuse) qui dressent leurs silhouettes spectaculaires sur leurs pitons rocheux. Et le train jaune des Pyrénées catalanes — ligne électrifiée historique du XIXᵉ siècle — permet de monter en haute altitude par un mode de transport unique en France.